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Quasi-usufruit : l'outil méconnu de la transmission

Le quasi-usufruit permet de transmettre des liquidités tout en conservant leur usage. Découvrez son fonctionnement, ses avantages et les règles post-2023.

Florence Aubertin
Quasi-usufruit : l'outil méconnu de la transmission
📌 En bref

Le quasi-usufruit est un démembrement de propriété permettant à l'usufruitier de disposer librement des biens consomptibles (argent, valeurs mobilières) avec obligation de restitution équivalente au décès. Depuis le 29 décembre 2023, l'article 774 bis du CGI a supprimé la déductibilité de la créance de restitution dans les donations avec réserve de quasi-usufruit, sauf pour le quasi-usufruit légal du conjoint qui reste pleinement efficace. Formalisez tout montage par convention notariée pour sécuriser la transmission et éviter les redressements fiscaux.

Le quasi-usufruit reste l'un des mécanismes les plus sous-exploités du droit patrimonial français, alors qu'il offre une liberté de disposition rare sur les actifs liquides. Défini par l'article 587 du Code civil, il permet d'organiser une transmission efficace tout en conservant l'usage total des biens. Depuis le 29 décembre 2023, la réforme fiscale introduite par l'article 774 bis du CGI a profondément modifié les règles du jeu, rendant indispensable une lecture actualisée de ce dispositif.

Qu'est-ce que le quasi-usufruit ? Définition et fondements juridiques

Le quasi-usufruit est un mécanisme juridique défini par l'article 587 du Code civil, applicable aux biens consomptibles (argent, liquidités, valeurs mobilières). L'usufruitier peut librement disposer de ces biens, à charge de restituer une valeur équivalente aux nus-propriétaires à son décès. Ce régime déroge à l'usufruit classique en conférant une véritable maîtrise patrimoniale temporaire.

Contrairement à l'usufruit ordinaire, le quasi-usufruit s'applique uniquement aux biens consomptibles ou fongibles : liquidités, valeurs mobilières, titres. L'usufruitier acquiert la pleine propriété temporaire de ces actifs, ce qui nécessite de bien comprendre les implications fiscales, notamment en matière de simulation du PFU, sans obligation de conservation physique des biens.

Deux formes coexistent en pratique. Le quasi-usufruit légal s'applique automatiquement au conjoint survivant sur les biens consomptibles de la succession. Le quasi-usufruit conventionnel, qui s'inscrit dans une donation avant cession, résulte d'un accord délibéré entre les parties, formalisé par acte notarié.

ℹ️ Bon à savoir

L'article 587 du Code civil constitue le fondement légal du quasi-usufruit. Il précise que l'usufruitier de biens consomptibles a le droit de s'en servir, mais avec l'obligation de rendre, à la fin de l'usufruit, des biens de même quantité, qualité et valeur, ou leur estimation en deniers.

Quasi-usufruit vs usufruit classique : un tableau comparatif pour tout comprendre

Le quasi-usufruit se distingue de l'usufruit classique par la nature des biens concernés et l'étendue des droits accordés. Là où l'usufruit classique impose de conserver la substance du bien (maison, terrain), le quasi-usufruit confère une liberté totale de disposition sur des biens fongibles. Cette distinction conditionne l'ensemble des obligations civiles et fiscales attachées à chaque régime.

Comparaison visuelle entre bien immobilier et actifs liquides pour illustrer la différence entre usufruit et quasi-usufruit
Comparaison visuelle entre bien immobilier et actifs liquides pour illustrer la différence entre usufruit et quasi-usufruit

Dans l'usufruit classique, les biens non consomptibles (immobilier, parts sociales) doivent être restitués en l'état : l'usufruitier perçoit les revenus mais ne peut pas aliéner le bien. Dans le quasi-usufruit, l'usufruitier peut consommer, dépenser ou investir librement les actifs ; seule une valeur équivalente devra être restituée. Le quasi-usufruit conventionnel ne peut jamais porter sur des biens immobiliers.

Prenons un exemple concret : Pierre décède et laisse à sa femme Jeanne l'usufruit de 200 000 € en liquidités. Jeanne peut utiliser librement cette somme pendant toute sa vie. Au décès de Jeanne, leurs deux enfants disposent d'une créance de 200 000 € sur la succession, déductible de l'actif taxable dans le cadre du quasi-usufruit légal.

Critère Usufruit classique Quasi-usufruit
Biens concernés Non consomptibles (maison, terrain, parts sociales) Consomptibles (argent, liquidités, valeurs mobilières)
Droit de l'usufruitier Jouissance et perception des revenus uniquement Propriété pleine, liberté totale de disposition
Obligation de conservation Oui, entretien et réparations obligatoires Non, peut consommer librement
Restitution Le bien identique, en l'état Une valeur équivalente (créance de restitution)
Application sur l'immobilier Oui Non, biens fongibles uniquement

Les deux formes de quasi-usufruit et leurs usages patrimoniaux

Le quasi-usufruit légal s'applique automatiquement au conjoint survivant sur les biens consomptibles de la succession. Le quasi-usufruit conventionnel résulte d'une décision délibérée des parties, notamment dans les donations de nue-propriété avec réserve ou les clauses bénéficiaires démembrées d'assurance-vie. Ces deux formes répondent à des logiques patrimoniales distinctes et n'offrent pas les mêmes garanties fiscales depuis 2026.

  • Quasi-usufruit légal : automatique et de plein droit, il protège le conjoint survivant en lui permettant de conserver les liquidités de la succession. La créance de restitution reste déductible fiscalement de l'actif successoral du conjoint, ce qui préserve l'efficacité du dispositif malgré la réforme de 2023.
  • Quasi-usufruit conventionnel : volontaire, il nécessite une convention notariée formelle. Depuis le 29 décembre 2023, la créance de restitution n'est plus déductible dans ce cadre (article 774 bis du CGI), ce qui réduit son intérêt fiscal pour les donations avec réserve.
  • Assurance-vie démembrée : la clause bénéficiaire démembrée, confirmée comme montage efficace par le Bofip du 26 septembre 2024, permet au conjoint de percevoir le capital en quasi-usufruit tout en préservant les avantages fiscaux de l'assurance-vie.
  • Donation de nue-propriété avec réserve : ce montage reste possible mais son avantage fiscal a été réduit depuis décembre 2023. À titre d'illustration, un parent de 65 ans qui donne la nue-propriété de 200 000 € conserve un usufruit représentant 40 % de la valeur (soit 80 000 €) selon le barème de l'article 669 du CGI ; les droits de donation ne s'appliquent alors que sur 120 000 €.
  • Familles recomposées : le quasi-usufruit constitue un outil d'équilibre entre la protection du conjoint survivant et la préservation des droits des enfants du premier mariage, à condition d'encadrer précisément la créance par convention.
💡 Astuce

La clause bénéficiaire démembrée d'assurance-vie, validée par le Bofip du 26 septembre 2024, combine protection du conjoint et optimisation fiscale. Elle désigne le conjoint comme usufruitier du capital et les enfants comme nus-propriétaires, créant automatiquement un quasi-usufruit sur les sommes versées.

Avantages et limites du quasi-usufruit : le bilan objectif

Le quasi-usufruit offre une liberté patrimoniale rare : l'usufruitier dispose librement des biens tout en organisant la transmission. Mais depuis le 29 décembre 2023, l'article 774 bis du CGI a supprimé la déductibilité de la créance de restitution pour les donations avec réserve, réduisant significativement l'intérêt fiscal de certains montages. Le bilan reste positif pour les configurations légales et les montages en assurance-vie.

Balance symbolisant les avantages et inconvénients du quasi-usufruit
Balance symbolisant les avantages et inconvénients du quasi-usufruit
✅ Avantages
  • ✅ Liberté totale de disposition sur les actifs liquides
  • ✅ Protection efficace du conjoint survivant
  • ✅ Réduction de l'assiette taxable dans le cadre légal (créance déductible)
  • ✅ Efficacité préservée en assurance-vie démembrée (Bofip 26/09/2024)
  • ✅ Transmission sans dessaisissement réel pour le donateur
  • ✅ Outil d'équité dans les familles recomposées
❌ Inconvénients
  • ❌ Créance de restitution non déductible depuis le 29/12/2023 pour les donations conventionnelles (article 774 bis CGI)
  • ❌ Créance non garantie par un droit réel — risque d'insolvabilité de l'usufruitier
  • ❌ Formalisme obligatoire et coûts de convention notariée
  • ❌ Risque de requalification en abus de droit si montage mal encadré
  • ❌ Champ d'application limité aux biens fongibles uniquement

Le 121e Congrès des Notaires a qualifié le quasi-usufruit de « mécanisme le plus puissant — et le plus méconnu — du droit patrimonial français ». Cette puissance s'accompagne d'une exigence de rigueur : un montage mal formalisé peut aboutir à une double imposition ou à un redressement fiscal, annulant tous les bénéfices escomptés.

Pièges et risques fiscaux du quasi-usufruit à éviter absolument

Le principal piège post-2023 est de confondre quasi-usufruit légal et conventionnel. Seul le premier conserve la déductibilité de la créance. Par ailleurs, l'absence de convention notariée formelle expose les héritiers à un rejet de la créance par l'administration fiscale et à une double imposition. Identifier ces risques en amont vous permet d'éviter des redressements coûteux.

Stylo notarial sur document officiel symbolisant la formalisation juridique et la sécurisation fiscale
Stylo notarial sur document officiel symbolisant la formalisation juridique et la sécurisation fiscale
⚠️ Attention

Le Congrès des Notaires a explicitement averti que « le placement des actifs démembrés dans un nouveau contrat d'assurance-vie est constitutif d'un abus de droit fiscal et d'une fraude aux droits des réservataires qui ne seront pas en mesure d'obtenir le paiement de leur créance. » Ce montage expose à des pénalités fiscales majeures et à des conflits successoraux.

  • Absence d'acte à date certaine : sans document enregistré avant le décès, l'administration fiscale peut rejeter la créance de restitution en application de l'article 773, 2° du CGI. La créance disparaît fiscalement, et les héritiers paient des droits sur l'intégralité de l'actif successoral.
  • Placement dans un nouveau contrat d'assurance-vie : transférer les actifs démembrés vers un contrat d'assurance-vie constitue un abus de droit fiscal selon le Congrès des Notaires. Les nus-propriétaires se retrouvent dans l'impossibilité de récupérer leur créance.
  • Fraude aux droits des réservataires : si les fonds sont placés hors succession, les nus-propriétaires ne peuvent pas exercer leur créance, ce qui expose l'usufruitier à une action en réduction.
  • Créance non garantie : si l'usufruitier décède insolvable, les nus-propriétaires risquent de ne rien récupérer, faute de garantie réelle attachée à la créance de restitution.
  • Requalification par l'administration : un quasi-usufruit mal encadré, sans convention précise ni justificatifs conservés, peut être requalifié, annulant l'ensemble des avantages fiscaux et civils du montage.

Comment mettre en place un quasi-usufruit : les étapes clés pour sécuriser la transmission

La mise en place d'un quasi-usufruit conventionnel requiert quatre étapes essentielles : vérifier l'éligibilité des biens, rédiger une convention notariée précise, l'enregistrer pour créer une date certaine, et l'inscrire au Fichier Central des Dispositions de Dernières Volontés. Sans ce formalisme, la créance de restitution peut être contestée ou rejetée par l'administration fiscale.

  1. Étape 1 — Éligibilité des biens : vérifiez que les actifs visés sont bien consomptibles ou fongibles (argent, valeurs mobilières, liquidités). Analysez l'impact de l'article 774 bis du CGI pour déterminer si la créance de restitution sera déductible dans votre situation. Le quasi-usufruit légal du conjoint reste la configuration la plus favorable fiscalement.
  2. Étape 2 — Rédaction de la convention : faites rédiger un acte notarié ou sous seing privé enregistré. La convention doit fixer précisément le montant de la créance, les modalités de restitution (en nature ou en deniers), et prévoir des mécanismes de protection du nu-propriétaire (obligation de remploi, réévaluation, inventaire des actifs). La convention n'est pas soumise à un tarif réglementé ; les honoraires sont fixés librement avec le notaire.
  3. Étape 3 — Formalités d'enregistrement : faites enregistrer la convention pour créer une date certaine, condition indispensable à la déductibilité de la créance selon l'article 773, 2° du CGI. Inscrivez ensuite la convention au Fichier Central des Dispositions de Dernières Volontés pour garantir sa traçabilité et son opposabilité aux tiers.
  4. Étape 4 — Gestion pendant la durée du quasi-usufruit : assurez un suivi rigoureux des actifs, conservez tous les justificatifs de mouvements et respectez les obligations prévues dans la convention. Une gestion documentée protège les nus-propriétaires et renforce l'opposabilité de la créance en cas de litige.
ℹ️ Bon à savoir

La convention de quasi-usufruit est indispensable pour sécuriser la créance de restitution et éviter une double imposition lors de la seconde succession. En 2026, privilégiez le quasi-usufruit légal du conjoint ou la clause bénéficiaire démembrée d'assurance-vie pour maximiser l'efficacité fiscale de votre stratégie patrimoniale.

Conclusion : agir avec méthode pour tirer parti du quasi-usufruit

Le quasi-usufruit demeure un outil de transmission puissant, à condition de distinguer clairement ses deux formes et d'intégrer les nouvelles règles fiscales en vigueur depuis le 29 décembre 2023. Le quasi-usufruit légal du conjoint survivant et la clause bénéficiaire démembrée d'assurance-vie restent les configurations les plus efficaces en 2026. Pour les montages conventionnels, la suppression de la déductibilité de la créance par l'article 774 bis du CGI impose une révision complète de l'intérêt fiscal du dispositif.

Votre première action concrète : faites auditer vos conventions existantes par un notaire pour vérifier leur conformité aux règles post-2023. Si vous envisagez un nouveau montage, concentrez-vous sur le quasi-usufruit légal ou l'assurance-vie démembrée, formalisez systématiquement par acte enregistré, et conservez tous les justificatifs pour protéger la créance de restitution de vos héritiers.

Questions frequemment posees

Quelle est la différence entre usufruit classique et quasi-usufruit ?

L'usufruit classique porte sur des biens non consomptibles (immeubles, objets) : l'usufruitier en jouit mais doit restituer le bien identique. Le quasi-usufruit s'applique aux biens consomptibles (argent, titres) : l'usufruitier en devient propriétaire temporaire et restitue une valeur équivalente, non le bien lui-même. Cette distinction est fondamentale car elle confère une liberté de disposition totale en quasi-usufruit.

Comment fonctionne la créance de restitution en quasi-usufruit ?

À la mort de l'usufruitier, une créance de restitution naît au profit des nus-propriétaires pour une valeur égale aux biens consomptibles reçus. Cette créance s'exerce sur la succession de l'usufruitier. Avant le 29 décembre 2023, cette créance était déductible de l'actif successoral (article 768 du CGI). Depuis, seul le quasi-usufruit légal du conjoint conserve cette déductibilité.

Quel impact a eu la réforme fiscale de décembre 2023 sur le quasi-usufruit ?

L'article 774 bis du CGI, en vigueur depuis le 29 décembre 2023, a supprimé la déductibilité de la créance de restitution pour les donations avec réserve de quasi-usufruit sur sommes d'argent. Cela augmente la charge fiscale pour les héritiers. Cependant, le quasi-usufruit légal du conjoint survivant et certains montages en assurance-vie restent pleinement efficaces et non affectés par cette restriction.

Quel est l'avantage fiscal du quasi-usufruit en donation ?

En donation avec réserve de quasi-usufruit, seule la nue-propriété est taxée, pas l'usufruit. Selon l'article 669 du CGI, l'usufruit bénéficie d'un abattement selon l'âge du donateur. Par exemple, un parent de 65 ans donnant 200 000 € en nue-propriété avec réserve de quasi-usufruit ne paie des droits que sur 120 000 € (40 % de réduction pour l'usufruit). Cet avantage subsiste malgré la réforme de 2023.

Le quasi-usufruit légal du conjoint est-il toujours efficace après 2023 ?

Oui, le quasi-usufruit légal du conjoint survivant reste pleinement efficace et non affecté par la réforme de décembre 2023. La créance de restitution reste déductible de la succession du conjoint. C'est l'un des rares mécanismes de quasi-usufruit qui conserve tous ses avantages fiscaux originels, ce qui en fait un outil stratégique majeur pour protéger le conjoint.

Pourquoi faut-il formaliser le quasi-usufruit par acte notarié ?

La formalisation notariée crée une date certaine et une preuve incontestable du quasi-usufruit, exigences de l'article 773, 2° du CGI pour la déductibilité des créances. Elle sécurise aussi les héritiers en documentant précisément les droits et obligations de chacun. Sans cette formalisation, le dispositif risque un redressement fiscal et des litiges successoraux.

Avertissement AMF : Cet article revêt un caractère purement informatif et ne constitue pas un conseil en investissement, ni une recommandation d'achat ou de vente. Les investissements comportent des risques de perte en capital. Rapprochez-vous de votre conseiller en gestion de patrimoine avant toute décision.
Florence Aubertin

Florence Aubertin

Notaire associée d'une étude parisienne du VIIIème arrondissement spécialisée en patrimoines internationaux, Florence Aubertin pratique le droit de la transmission depuis vingt-deux ans. Membre du Comité scientifique de l'Institut de la Famille et du Patrimoine.

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